Ligne du temps d’un stagiaire en République dominicaine

16 juin 2020
par Rémi Garant

Avant de partir

Les hôtels tout inclus, l’eau turquoise, les plages de sable blanc… Impossible de ne pas avoir ces images en tête lorsqu’on pense à la République dominicaine, ce magnifique pays des Caraïbes! En toute honnêteté, quand j’ai vu passer l’offre de stage du CSI dans mes courriels en mars 2019, je commençais à être tanné de l’hiver québécois et j’avais besoin de changer de pôle. Le départ était prévu pour juillet. J’ai rapidement été séduit par l’idée d’aller passer 6 mois sur cette île.

Mais dans quoi au juste me suis-je embarqué le 13 juillet 2019? Dans un avion, bien sûr! Au-delà de cela, je n’en avais qu’une vague idée… 50 heures de formation supplémentaire n’auraient pas pu me préparer à ce qui s’en venait.

C’est peut-être ce qui fait tout le charme de l’aventure : ne pas savoir.

À l’arrivée

Il fait 35°C et c’est la nuit. L’air est humide, on se croirait dans un aquarium. Un homme vient nous chercher à l’aéroport. Il nous demande quelque chose en espagnol. Je ne comprends rien (il fallait s’y attendre, je ne parle pas espagnol). C’est le début d’une incompréhension qui va durer plusieurs mois. Hablas despacio por favor. Je regarde ses mains. Puis, je tente de lire l’expression sur son visage. Ah! Il parle de l’avion. Comment le vol a-t-il été? Bien, muy bien. Je comprends plus tard qu’il s’appelle Jacobo, qu’il travaille pour l’organisme partenaire le CEPAE et qu’il habite dans Villa Altagracia, notre communauté d’accueil.

On prend l’autoroute pour se rendre à Santo Domingo à partir de l’aéroport de La Romana. L’air climatisé de la voiture fonctionne à plein régime. Jacobo envoie des textos, dépasse des voitures sur la droite, roule entre les deux lignes. Premier choc culturel : la conduite automobile de Jacobo. Et des chocs, il y en aura d’autres…

On passe cinq jours à Santo Domingo. Tout est nouveau! Lors de mon premier déjeuner dans un restaurant dominicain, je ne comprends pas bien le menu alors, je commande à l’œil. Je reçois un cannelloni farci au fromage et recouvert d’une sauce au fromage. Décevant, mais peu importe. L’enthousiasme est à son comble. On se promène, on admire l’océan, on prend des photos, on joue les touristes quoi! On a aussi l’occasion de visiter la zona colonial, de rencontrer la charmante équipe du CEPAE et de mieux connaître nos collègues du Canada. Puis, on nous annonce que nous allons maintenant rencontrer nos familles d’accueil. C’est un moment important.

Villa Altagracia

On est en route vers Villa Altagracia, en plein cœur des montagnes. Là-bas, c’est la forêt tropicale avec son climat humide, sa végétation dense et verte, ses hauts palmiers et ses arbres fruitiers. Les poules, les chiens, les oiseaux et les lézards y cohabitent. On y entend le bruit des guaguas et des vieux taxis bondés de gens. Pour moyens de transport, les gens utilisent de gros VUS aux vitres teintées et des motos. Dans les villages, les maisons, aux teintes de rouge, jaune et bleu, sont entassées les unes sur les autres. La bachata et le merengue tipica joue à Fuego noventa, une émission de radio populaire. Lorsqu’on se balade dans les rues, on y sent les vapeurs des feux de plastique, mais aussi les odeurs enivrantes de pica pollo, d’oignons et d’ail grillé. Sur les murs, on peut apercevoir des graffitis religieux, SIEMPRE CON DIOS, des pancartes électorales et des publicités de La Presidente. Les messages des camionnettes de fruits et légumes, YUKA Y YUKA Y YUKA, résonnent dans la ville, qui est animée par les kiosques de linge bon marché et les vendeurs qui cognent aux vitres des voitures.

C’est la pauvreté crue, sans assurance, habillée d’une tout autre définition. Je suis loin de chez moi.

Enfin, on arrive dans Basima, un barrio de Villa Altagracia. On y rencontre nos familles d’accueil. Une poignée de main à Faustino, mon nouveau «presque père». Holà. Et on se dit chacun dans nos têtes respectives: mais qui est cette personne avec qui je vais passer les six prochains mois? On espère secrètement que ça va cliquer. Je visite la maison et rencontre ma nouvelle «presque mère», puis mes nouveaux «presque frères et sœurs». L’accueil est chaleureux.

Le mandat

Cela ne prend que peu de temps avant qu’on enlève le mot «technicien» devant mon titre professionnel. En République dominicaine, malgré ma formation collégiale, je suis trabajador social. Rapidement, je rencontre les professionnels des écoles, les différents comités et les personnes influentes de la communauté. J’écoute, essaie de comprendre et pose des questions. Je m’informe sur les besoins, jette un coup d’oeil aux plans d’action et assiste à des conférences. Voilà maintenant le temps de créer mon horaire et de remplir mon agenda. En effet, bien qu’on bénéficie du soutien nécessaire pour accomplir notre mandat, on est particulièrement autonomes. Bref, on nous fait confiance.

Le travail commence. On prépare des charlas portant sur divers thèmes liés à la non-violence et à l’égalité des sexes et on donne des conférences dans trois écoles de la communauté, en espagnol bien sûr. Présentations PowerPoint, discours écrit sur papier, todo bien! Le contenu se doit d’être adapté à notre clientèle: enfants du primaire, adolescents, parents et aînés. Parfois, on fait face à de l’ouverture, de la résistance, de la curiosité, des rires et de l’incompréhension… Au départ, je dois vous confier qu’on se sent parfois comme des touristes qui ont perdu le chemin de la plage. Avec le temps, on finit par se fondre un peu dans le décor, salue les gens que l’on rencontre et se tricote quelques amitiés au passage…

Aujourd’hui

Novembre approche à grands pas. Il reste environ 10 semaines au Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ). Je suis arrivé ici avec bon nombre d’idées préconçues, de méconnaissances et de préjugés. J’en ai encore, mais un peu moins. L’industrie touristique vend une image de la République dominicaine qui ne correspond pas à la réalité de la grande majorité des Dominicains. Villa Altagracia ressemble autant à Puerto Plata que Rivière-du-Loup ressemble à Montréal. Ce sont deux mondes bien différents.

Vivre une expérience comme le PSIJ est confrontant à plusieurs niveaux. J’ai personnellement expérimenté des moments où j’avais la nette impression que «ça passe ou ça casse». De côtoyer des enfants qui vivent dans des conditions de grande pauvreté, de voir un chien se faire battre, de prendre connaissance du taux croissant de violence dirigée contre les femmes, voilà quelques constats qui m’ont déstabilisé.

Si dans la plupart des situations il est préférable de ne pas intervenir sous le coup de l’émotion, cela n’empêche pas qu’elle est présente et que l’on doit composer avec cette dernière. Que pouvons-nous faire, alors? Être conscient, essayer de comprendre et sensibiliser. 

Puis, il y a ces moments de grande beauté où l’on est profondément touché par un paysage à couper le souffle, par une rencontre ou par le tracé d’une colonie de fourmis; ces fous rires avec les jeunes pour qui on est los americanos et cette complicité avec les professeurs et nos familles d’accueil, qui nous font rapidement sentir comme faisant partie des leurs.

Ces instants où des ponts s’érigent entre nos cultures et où nous nous rencontrons enfin, entre humains, pas si différents, après tout.

LA SUITE

Pour s’adapter à tout cela, il faut voir au-delà et savoir ajuster sa conception de la réalité. Cela demande patience, souplesse et ouverture. Et on se résigne à repenser à ce bon vieux dicton : à défaut de pouvoir changer le monde, on peut changer un peu, soi-même. Et si c’était en changeant un peu soi-même, qu’on changeait le monde?

Rémi Garant, stagiaire du Carrefour de solidarité internationale


Le programme de stages professionnels pour les jeunes est rendu possible grâce au soutien du Gouvernement du Canada.

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