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1. Présentation 2. L'homme et la plantation de café 3. Le commerce équitable |
4. Une question de prix? 5. À Sherbrooke, où trouve-t-on du café équitable? |
Au Québec, il n'existe pas de «tradition» du café. Ce n'est pas un rituel obligé d'offrir du café à ses invités, pas plus qu'un thé ou qu'une bière. Le café peut être avalé en vitesse, en voiture, dégusté en lisant le journal, placé sur un coin du bureau. Il est expresso ou con leche, sucré ou noir. Les possibilités sont infinies.
Dans la campagne de République dominicaine, pays producteur de café, il existe une véritable tradition du café. En effet, dans chaque maison, il y a toujours un thermos prêt à être servi aux invités, dans une très petite tasse, et le café goûte presque toujours le même: il est très sucré. Je dis «presque toujours» puisque, parfois, on pouvait y retrouver un léger goût de cannelle.

Altagracia égrène le café au pilon, Palo de Caja, République dominicaine
Ce café, il était possible de savoir d'où il venait. On a vu l'arbre à café et l'homme le cueillir. Puis, c'était la femme qui le torréfiait et le préparait sur un feu de bois. Et votre café, d'où vient-il?
Pour commencer, en République dominicaine, les plantations de café sont loin de ressembler, par exemple, à nos pomicultures québécoises! Là-bas, les caféiers croissent en forêt et ces forêts se trouvent généralement en région montagneuse. Quels sont les outils de base pour travailler dans une plantation de café? La machette et le pic! Cela signifie énormément de journées épuisantes à travailler à flancs de montagnes…

Pépinière de jeunes plants de café et d'avocat, Rancho Arriba, République dominicaine
Pour débuter la culture de café en douceur, il faut remplir de terre d'innombrables sacs de plastique, qui recueilleront chacun deux graines de café. Ce n'est qu'après trois à quatre mois de maturation dans une pépinière que les jeunes plants sont semés dans une forêt, à l'ombre de plus grands arbres (notamment de bananiers).

Journée de désherbage à la plantation de café de Paton, Palo de Caja, République dominicaine
En ce qui concerne l'entretien de la plantation, c'est environ quatre mois plus tard que survient la première corvée du désherbage à coups de machettes, et ce, afin de couper et arracher toutes les «mauvaises herbes» qu'on peut retrouver en forêt. Il s'agit d'une étape en continuel recommencement, que le producteur effectue ensuite tous les dix mois environ. Aussi, il ne faut pas oublier d'entretenir les arbres en coupant toutes les branches mortes. Enfin, lorsque le budget du producteur le permet, il est possible d'installer des pièges aux branches des arbres pour lutter contre un insecte appelé la broca, qui mange l'intérieur des grains de café.

Démonstration de l'installation des pièges à broca.
Le cultivateur récolte les grains lorsqu'ils sont teintés de rouge, environ un an après la plantation. Les futures récoltes auront lieu une fois par année. Cependant, il ne vend pas ses grains à l'état même. Il doit préalablement les écosser à l'aide d'un moulin, puis laver et laisser sécher les grains ainsi obtenus.
À la base du commerce du café, on retrouve le producteur et sa plantation. Le producteur gagne son pain en vendant le fruit de ses récoltes. À l'intérieur du marché conventionnel, le cultivateur vend son café à un commerçant indépendant et c'est celui-ci qui fixe le prix de son achat et non le producteur qui fixe le prix de sa vente. Lorsque le commerçant consent à financer un producteur et sa plantation, il le fait à un fort taux d'intérêt. Puis, lors de l'exportation ou de la vente du produit, c'est le commerçant qui accumule tous les profits effectués.

Ville de San José de Ocoa et les alentours, République dominicaine.
Dans la région de San José de Ocoa, en République dominicaine, le commerce équitable est implanté depuis plus de cinq ans. Cela signifie que le producteur a maintenant le choix de faire partie d'une coopérative de «café-culteurs», ce qui lui évite de faire affaires avec un commerçant indépendant. De fait, le commerce équitable exige le regroupement des cultivateurs en une coopérative ou une association, qui doit être gérée de manière démocratique et transparente.
C'est ce type d'association qui permet de financer les coûts de production à un taux d'intérêt avantageux. Il s'agit d'ailleurs d'un des principes à la base du commerce équitable: celui de l'accès au crédit à faible taux d'intérêt. Par exemple, pour les producteurs de café de la région d'Ocoa, il s'agit d'un taux de 13% réparti sur l'année au lieu de 5% mensuellement chez un commerçant indépendant.

Des plants de café poussent à l'ombre d'un oranger.
Par le biais de la coopérative, le producteur est aussi plus conscientisé à une agriculture biologique et respectueuse de l'environnement. C'est pourquoi le café équitable est souvent aussi biologique, mais cela ne signifie pas pour autant que le café équitable est nécessairement biologique. La différence entre l'«équitable» et le «biologique» est que l'équitable s'occupe de l'humain, du producteur et de sa famille, alors qu'il s'agit du produit, de la plante, qui peut être biologique, c'est-à-dire cultivée de manière non polluante.
De plus, en faisant affaires avec la coopérative, le producteur s'assure de vendre son produit à un juste prix tout en récupérant les profits de la vente à l'étranger (soit directement dans sa famille ou dans sa communauté). En effet, une partie des revenus générés par le commerce équitable est réinvestie dans le développement durable de la communauté, au niveau de la santé, de l'éducation, de l'environnement et de l'économie locale.

Paton, un producteur de café, posant avec son outil de travail: la machette.
Finalement, avec l'aide du commerce équitable, le producteur est assuré d'un prix minimum respectable pour son produit, et ce, peu importe les hauts et les bas du marché. C'est le même principe que pour notre salaire minimum, ici, au Québec. Aussi, le commerce équitable permet au cultivateur de recevoir un juste prix pour son travail, car la vente s'effectue de manière directe entre la coopérative ou l'association de producteurs du Sud et l'importateur du Nord, éliminant ainsi plusieurs intermédiaires. Depuis juin 2007, le prix minimum du café fixé par les normes équitables est de 1,31$US/livre et de 1,51$US/livre pour l'équitable ET biologique.
Comment reconnaître un café équitable d'un café conventionnel? Il faut savoir repérer le logo de Transfair Canada, qui représente la seule valeur sûre pour être certain d'acheter un produit certifié, respectant les normes du commerce équitable.

Grains de café écossés, prêts à être triés pour la torréfaction.
En 2005, Équiterre a réalisé une étude des prix du café (équitable, biologique et conventionnel) que l'on retrouve au Québec. Après l'analyse des résultats obtenus, l'organisme en vient à la conclusion que pour 0,04 $ de plus par tasse, le consommateur peut se payer un café équitable et biologique, au lieu du café conventionnel. Dans la partie qui suit, vous trouverez un petit tableau comparatif
des prix du café retrouvé à Sherbrooke.
Finalement, il faut toujours garder en tête qu'en payant un prix plus élevé et, à la base, plus juste et répondant aux besoins des cultivateurs, cela leur «permet de sortir de l'extrême pauvreté, de nourrir convenablement leur famille, de donner à leurs enfants une éducation de base, de se doter de services communautaires et de protéger leur environnement[1]».
Sur le site d'Équiterre, vous pouvez consulter la liste détaillée des endroits où il est possible de se procurer des produits équitables à Sherbrooke… des dépanneurs aux magasins spécialisés! Informez-vous! Dans la majorité des endroits où il se vend du café équitable, on retrouve aussi d'autres produits certifiés équitables… Que ce soit le café décaféiné, le thé, le chocolat, le sucre, le chocolat chaud, le riz, les épices, les ballons de sport…
Dans le tableau comparatif suivant, les prix comparés ont été recueillis en juin 2007 et sont ceux du café vendu en vrac, et ce, pour une quantité d'un kilogramme. Bien sûr, cela exclut donc les cafés de marques génériques (ex.: Compliments) ou Maxwell House et Folgers, souvent vendus entre 6,00 $ et 7,00 $ le kg. Ils sont placés en ordre croissant selon le prix du café équitable. Attention: certains prix (comme au CSI) comprennent les taxes…

* Les prix précédés d'un astérisque indiquent qu'il a fallu calculer le prix de 1 kg par rapport à un sac d'une quantité souvent inférieure. La seule exception: le prix du CSI a été calculé à partir d'un sac de 1,5 kg.
Finalement, il existe de plus en plus de grandes entreprises privées (par exemple Loblaws ou IGA) qui s'impliquent dans le commerce équitable. Or, il faut se demander si elles le font pour sortir les petits producteurs de la pauvreté (à l'exemple des marques Equita, El Palto ou Santropol) ou si elles le font pour préserver ou augmenter leur part de marché et leurs profits. En effet, peu importe qui achète le café à la coopérative du Sud, le prix minimum demeure le même et il y aura toujours une prime équitable réinvestie dans la communauté locale. Mais, selon Dario Iezzoni, directeur général du commerce équitable Equita d'Oxfam Québec, «devant une entreprise privée, les coopératives de producteurs hésitent à demander un préfinancement pour leur récolte (bien qu'en droit de le faire en vertu des règles du commerce équitable). De plus, les entreprises privées ont tendance à augmenter leurs exigences de qualité sans toutefois augmenter leur prix. Et les coops hésitent à négocier sur ce point également[2].»
Bref, pour reconnaître un produit qui réponde à vos valeurs, le logo de Transfair Canada est un minimum. Ensuite, il s'agit de rester vigilant et critique vis-à-vis des entreprises qui offrent un produit équitable.
Dernier conseil: le café équitable gagne à être essayé! Vous goûterez tout de suite la différence d'un goût plus juste «et qui plaît»[3]!
Bonne dégustation!
^ 1. ÉQUITERRE, Le programme de commerce équitable
^ 2. Dario IEZZONI, Directeur général Equita d'Oxfam-Québec, info reçue le 19 juin 2007.
^ 3. Slogan d'Equita, équitable et qui plaît.