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Section spéciale sur la crise alimentaire
Le Carrefour de solidarité internationale porte à votre attention ce communiqué émis par l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), association dont le CSI est un membre actif.
Une crise alimentaire d’origine humaine Montréal, le 21 avril 2008 - Pourtant, des morts il y en avait, par milliers chaque jour. Mais en silence: dans la case africaine, dans la maison sur pilotis en Asie, dans des favelas en Amérique du Sud. L'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) souligne depuis longtemps le besoin d'agir vigoureusement pour combattre la pauvreté dans le monde et pour promouvoir la souveraineté alimentaire. « C'est vrai que cette crise alimentaire a des causes ponctuelles », explique Maria-Luisa Monreal, directrice générale de l'AQOCI, « telle la hausse du prix du pétrole, l'augmentation rapide de la production d'agro-carburants et la baisse des récoltes des céréales des deux dernières années. Mais elle est surtout la conséquence d'une situation critique créée par les politiques des pays développés, dont le Canada; situation que l'AQOCI dénonce depuis des années. Il y a une contradiction flagrante de la part des pays membres de l'ONU qui, d'une part signent des déclarations internationales sur la sécurité alimentaire mondiale reconnaissant le droit de chaque être humain à une nourriture saine et nutritive et le droit fondamental de chacun d'être à l'abri de la faim et de l'autre, imposent des règles commerciales qui violent ces mêmes droits. La crise alimentaire était donc tout à fait prévisible », renchérit Mme Monreal. « Qu'est-ce qu'on peut attendre des populations qui devraient déjà consacrer 70% ou 80% de leur revenus pour nourrir leurs familles et qui se trouvent de nouveau confrontées à des augmentations de 100% ou plus dans les prix de leur nourriture de base? Peut-on s'étonner qu'il y ait des manifestations, des migrations massives, des gestes de désespoir ? », termine Mme Monreal. |
La crise actuelle, qui provoque des émeutes en Haïti, au Cameroun, en Égypte, en Indonésie, entre autres, est une conséquence directe des politiques comme les programmes d'ajustement structurel, imposées aux pays du Sud par les pays du Nord et les institutions financières internationales (l'OMC, le FMI, la Banque Mondiale), dans le cadre de la mondialisation. Ainsi, ces pays ont délaissé les cultures vivrières essentielles à la souveraineté alimentaire au profit des monocultures d'exportation comme le café, le cacao, le caoutchouc etc., dont le Nord a besoin. Car, a-t-on dit, avec les recettes de leurs exportations de café etc., les gens vont pouvoir acheter toute la nourriture et les autres biens nécessaires. On voit bien les conséquences de telles politiques sur les peuples, en plus de la destruction de la biodiversité et les impacts écologiques désastreux du transport à grande échelle de ces marchandises. La montée récente du prix de pétrole vient s'ajouter à ce bilan négatif. Ce sont surtout les multinationales qui tirent profit de ce système. Pendant ce temps, les pays riches ont continué de subventionner les grands producteurs agricoles. Avec en plus des moyens moins efficaces, les producteurs des pays du Sud ont été incapables de concurrencer les produits du Nord. L'exode vers la ville de nombreux paysans ruinés et la fragilisation de l'agriculture ont éliminé la possibilité que celle-ci puisse réagir à la flambée actuelle des prix des aliments. À cela, il faut ajouter l'effet des barrières douanières contre les exportations agricoles du Sud érigées par les pays développés. La spéculation financière, tournée vers les produits alimentaires de plus en plus en demande, attise la flambée des prix. Le secteur financier a trouvé des milliards de dollars pour sauver des actionnaires frappés par la crise du crédit. Peut-on espérer que les gouvernements trouveront au moins les premiers 500 millions demandés d'urgence par le Programme Alimentaire Mondial ? Et les sommes nécessaires par la suite afin d'éviter la famine de millions de gens dans les pays du Sud (sans oublier que beaucoup de personnes défavorisées, ici et dans d'autres pays riches, vont aussi souffrir des conséquences de ces hausses de prix vertigineuses)? «Cependant», rappelle Mme Monreal, « il ne faut pas se limiter à l'aide d'urgence; il faut s'attaquer aux problèmes de fond». L'AQOCI demande ainsi au gouvernement canadien et aux gouvernements des autres pays développés de favoriser la mise en place de politiques qui donnent priorité à la production agricole pour le marché local plutôt que pour l'exportation, qui soutiennent l'agriculture biologique et enfin, qui protègent les marchés nationaux contre le dumping de produits agroalimentaires pratiqué par les grandes puissances agricoles. Il faut aussi que le Canada fasse sa part dans la lutte contre la pauvreté en augmentant son aide publique au développement à 0,7 %, tel qu’il s’est engagé au sein de Nations Unies. Aujourd’hui à 0,3%, le Canada affiche l’un des plus bas rendements d’aide internationale parmi les membres de l’OCDE. Les Journées québécoises de la solidarité internationale, qui auront lieu du 12 au 23 novembre 2008, se pencheront sur la question de la souveraineté alimentaire comme une autre orientation mondiale de l'agriculture et de l'alimentation, centrée notamment sur le droit des peuples à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles. Communiqué émis par l'Association québécoise des organismes de coopération internationale Publié dans L'AUT'JOURNAL au jour le jour (http://lautjournal.info/) Avec la crise alimentaire planétaire, la population de plusieurs pays est aujourd’hui affamée. En même temps que se déroulent les « émeutes de la faim » dans 35 pays, le Chicago Board Trade voit le prix des denrées exploser. Entre mars 2007 et mars 2008, le prix du blé a augmenté de 130%, le soja de 87%, le riz de 74% et le maïs de 30%. Le 27 mars dernier, le prix du riz à grimpé de 31% en une seule journée! Une conjugaison de plusieurs éléments semble expliquer cette catastrophe. La production de biocarburant a sa part de responsabilité. Par exemple, la journaliste de Radio-Canada, Carole Graveline, affirme qu’en 2008 « près de 18% de la production céréalière américaine servira à la production d’éthanol. » Pour Christian Deblock, directeur de l’observatoire sur la mondialisation et professeur à l’UQÀM, « les pays en développement sont pris de tous les côtés, ils sont dépendants des marchés agricoles extérieurs, ils sont dépendants de la monnaie internationale et des mouvements spéculatifs». Le professeur de l’UQÀM poursuit : «On se rend compte, avec la crise actuelle, que plusieurs pays en développement importent leur denrée alimentaire». Pour Michel Chossudovsky, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa, le phénomène n’est pas nouveau. Il rappelle que les politiques néolibérales imposées par le FMI et la Banque mondiale à partir des années 1980 ont fait abandonner la production alimentaire de subsistance à ces pays pour qu’ils se spécialisent dans des produits d’exportation, comme le café et le coton. En même temps, on a abaissé les barrières tarifaires pour favoriser le commerce, et ceci a eu pour résultat que les surplus de la production agricole des pays riches, qui est abondamment subventionnée par l’État, sont venus saturer les marchés locaux des pays en développement. Les producteurs locaux n’ont pu concurrencer ces politiques de dumping et le résultat a été de créer une dépendance alimentaire entre les pays. L’une de ces politiques est d’ailleurs notre « aide étrangère ». Par exemple, le gouvernement canadien achète le surplus de blé des Prairies et le donne à l’Afrique : les Africains mangent mais leurs agriculteurs font banqueroute et la situation de dépendance que nous connaissons se développe. C’est ce qui fait dire à Chussodovsky que « la structure agricole du Tiers-Monde est déstabilisée par la surproduction », mais une surproduction des pays riches. Il donne en exemple Haïti qui est inondé par les produits alimentaires américains depuis 1994 : «Graduellement, la levée des barrières commerciales a ouvert les frontières aux surplus agricoles des États-Unis et a balayé l’agriculture paysanne, si bien qu’Haïti est devenu le 4e importateur mondial de riz américain !» La situation actuelle témoigne de l’immense risque de remettre sa production alimentaire à l’étranger et de la position de soumission qu’elle entraîne. L’effet de la chute du dollar US et de la spéculation Enfin, la spéculation sur les denrées alimentaires joue un important rôle dans la famine mondiale actuelle. Michel Chossudovsky montre qu’on donne n’importe quelle raison pour justifier l’explosion des prix, comme le réchauffement climatique ou les Chinois et les Indiens qui mangent davantage de viande : « La crise alimentaire actuelle n’est pas causée par la rareté ». C’est qu’on transige la nourriture à la bourse et qu’on assiste actuellement à un mouvement spéculatif sur ces denrées. La crise actuelle du papier commercial adossé à des actifs aux États-Unis fait perdre des milliers de milliards à presque tous les épargnants, allant des banques suisses à notre Caisse de dépôts. Comme le parieur compulsif, ces joueurs à grande échelle cherchent à « se refaire » et ont mis la main sur quelque chose de plus concret qu’un papier garanti par une hypothèque surévaluée : le grain sera vendu, le monde doit manger, alors le prix monte. Selon le quotidien français Libération du 23 février dernier, les fonds « agriculture » ont la cote avec leurs rendements de l’ordre de 20%. Christian Deblock dénonce les pays d’agro-business qui tirent profit de cette spéculation : «Ce n’est pas seulement la faute de la Banque mondiale ou du FMI, la Commission canadienne du blé spécule comme les autres». Il donne aussi l’exemple du Brésil qui contrôle le marché africain du poulet. Les réserves sont à sec Il est à souhaiter que les pays en développement sauront redévelopper une agriculture de subsistance le plus rapidement possible afin de ne plus dépendre du marché international, en proie à des bulles spéculatives et qui ne fait pas de distinction entre la nourriture et les autres marchandises. Plus pauvres que ne le montrent les statistiques Alors que, dans son dernier essai, il déplore l’augmentation de 3% du nombre de personnes qui gagnent moins d’un dollar par jour entre 1981 et 2001, son détracteur lui rétorque que la proportion de la population dans cette situation est encourageante puisqu’elle a diminué de 32% à 21% dans les pays en développement. Encourageante si on ne calcule pas le coût de la vie! Rappelons simplement que le prix du riz a quadruplé au cours des cinq dernières années et que le prix des aliments n’a cessé d’augmenter sur la période étudiée. Les objectifs du Millénaire de la Banque mondiale qui visent à diminuer de moitié la pauvreté dans le monde sont basés en grande partie sur cette statistique. L’objectif sera peut-être atteint, mais la population des pays en développement continuera à s’appauvrir! Voyez la version originale de l'article sur le site de L'AUT'JOURNAL. Dossier proposé par Radio-Canada Radio-Canada propose un dossier en ligne sur la crise alimentaire. Vous pourrez y trouver une foule d'informations intéressentes pour alimenter votre connaissance du sujet, votre critique, votre réflexion... divisé en sept sections, soit : accueil, causes, conséquences, solutions, dans les pays du Sud, dans les pays du Nord et à vous la parole. Nous avons retranscris ci-dessous le texte d'accueil de ce dossier en ligne, suivi du lien pour consulter le dossier directement sur le site de la SRC. Crise alimentaire : problème global, impact local La crise alimentaire mondiale est en train d'effacer sept années d'effort dans la lutte contre la pauvreté sur la planète, selon la Banque mondiale et les Nations unies. C'est 100 millions de personnes qu'on pousse encore un peu plus dans la pauvreté extrême. C'est 37 pays, les plus pauvres au monde, qui pourraient connaître des pénuries et qui risquent le chaos social en raison de l'inflation des denrées alimentaires et agricoles. La crise actuelle ne ressemble pas à celles qu'on a connues dans le passé et à celles qu'on a cru connaître. Aujourd'hui, on ne manque pas de nourriture pour alimenter les humains. On ne peut pas dire que cette crise est strictement liée à une question d'offre et de demande. Les économistes souhaitent une hausse de production, mais le véritable problème, c'est la hausse rapide et excessive des prix des aliments. En Haïti, par exemple, les tablettes de plusieurs marchés sont bien garnies. Cependant, la population n'a pas les moyens d'acheter ces produits, ce qui attise la colère et la frustration, et ce qui oblige aussi le gouvernement à décréter une baisse des prix. Les Mexicains, autre exemple, n'arrivent plus à trouver du maïs à prix raisonnables pour fabriquer un produit de base: la tortilla. Selon la Banque mondiale, depuis trois ans, les prix des aliments ont grimpé de 83%. Dans le cas du blé, la hausse est de 181%. Au cours des deux derniers mois seulement, le prix du riz, première denrée alimentaire de 3 milliards de personnes, a grimpé de 75%. Or, une personne sur deux ne vit qu'avec 2$ ou moins par jour et, pour une majorité d'êtres humains, l'alimentation requiert 75% des revenus. Tous les jours, des dizaines de milliers de personnes s'ajoutent aux centaines de millions d'autres qui souffraient déjà de la faim avant la crise. Nous vous invitons à consulter le dossier sur le site de Radio-Canada. |
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