Lettre à un.e futur.e stagiaire

16 septembre 2019
par Lucie-Maude Grégoire

Lettre à toi, futur.e stagiaire,

Tu viens de voir une offre de stage en coopération internationale qui te semble intéressante, tu te questionnes à savoir si tu poses ta candidature ou non, tu trouves ça fou de partir 6 mois à l’étranger, tu hésites à quitter ton petit quotidien douillet pour un nouvel environnement. Ce sont des réflexions normales, mais écoute-moi bien, ou plutôt, poursuis donc ta lecture.

En écrivant ces lignes, je suis présentement à Quillabamba, au Pérou, dans notre petit bureau de l’ONG partenaire locale Ayni Desarrollo. J’en suis à plus de la moitié de mon stage et je termine tout juste d’une expérience terrain de deux semaines dans la région du Bajo Urubamba, où j’ai été appelée à travailler auprès des membres de la communauté autochtone Machiguenga. Je te dirais que c’est l’une des expériences les plus marquantes de ma vie. Ce que j’ai vécu m’a permis d’acquérir une meilleure sensibilité par rapport aux enjeux sociaux du monde qui m’entoure. Et le stage n’est pas terminé encore! Je peux t’assurer que je ne regrette pas une seconde de m’être lancée dans cette aventure un peu folle, mais ô combien enrichissante.

« Oui mais » #1: la langue

Futur.e stagiaire, je t’entends me dire : Oui, mais tu parlais sûrement bien l’espagnol avant de partir pour le Pérou? À cela je te répondrais que mon vocabulaire n’incluait pas beaucoup plus de mots que , no et gracias.

Ça te donne une idée? Durant les premières semaines, mon dictionnaire m’accompagnait partout. J’ai aussi fait l’essai de tous les sites de traduction possibles et mes habiletés de mime se sont vraiment améliorées… On se débrouille comme on peut! Au début, c’est difficile, certes, mais le plus beau là-dedans c’est qu’on arrive dans des familles si patientes, ouvertes et compréhensives. Elles sont si heureuses de t’accueillir chez elles qu’elles vont s’asseoir à tes côtés pour apprendre à te connaître même si tu as peine à former une phrase complète. Bien souvent, ces moments se terminent en fous rires partagés, par exemple quand tu te trompes et que l’organisation Ayni Desarrollo devient Ayni Desayuno. Ça vaut la peine d’aller traduire les deux mots si tu n’as pas compris…

« Oui mais » #2: L’expérience

Ensuite, cher futur.e stagiaire, je t’entends me partager ta deuxième crainte : “Oui, mais tu avais sûrement vécu déjà beaucoup d’expériences à l’étranger pour partir 6 mois!” À cela je te répondrais que je n’avais jamais pris l’avion.

Tu es surpris.e? Je te laisse deviner mon expression faciale quand l’avion a quitté le sol et que j’ai réalisé un peu plus vers quoi je m’envolais. J’avais le sourire d’un enfant à qui on donne du chocolat. Je crois qu’il n’est pas nécessaire d’être le plus grand voyageur du monde pour entreprendre un stage de coopération internationale, au contraire. Toi qui n’as pas beaucoup voyagé : pars faire ce stage, plonge-toi dans une autre culture. Il ne suffit que de remplir ton baluchon d’humilité, de beaucoup de curiosité, d’ouverture d’esprit et de soif d’apprendre tous les jours. Parce que oui, apprendre, c’est ce qu’on fait quotidiennement en situation d’interculturalité. Apprendre la langue, la culture, les habitudes, le rythme de vie, la façon de travailler… Mais également apprendre à connaître des gens incroyables et à se connaître plus soi-même.

Et là, je t’entends me dire : “Ça fait pas mal cliché ton petit discours sur l’apprentissage”. À cela, je te répondrais qu’après avoir trouvé une personne qui n’a rien appris lors d’un stage de coopération internationale, tu reviendras me voir pour qu’on en discute. Je te souhaite bonne chance dans tes recherches!

« Oui mais » #3: L’argent

Je te vois également venir avec ton argument financier : “Oui, mais moi je viens de finir mes études, j’ai un appartement et toutes sortes de factures à payer, je n’ai pas d’argent pour faire un stage de la sorte”.

À cela je te répondrais que le programme de stages internationaux pour les jeunes est fait pour nous, jeunes adultes qui finissent leurs études sans un rond. Le montant d’argent que tu as (ou n’a pas) dans tes poches ne devrait pas faire pencher la balance dans ta prise de décision. Mais si ce facteur t’inquiète toujours, sache que l’allocation financière du stage me permet d’économiser, et ce, même si je continue à payer mes factures ennuyantes d’adulte à distance. Qu’en penses-tu? Et puis, ce stage-là va tellement t’enrichir en tant que personne que tu vas te rendre compte que finalement, l’argent, c’est comme l’âge et le poids, c’est juste des chiffres. Voici, voilà, une autre morale un peu quétaine juste pour toi. Ça me fait plaisir!

« Oui mais » #4: c’est si long!

Et puis finalement, tu y penses un peu plus et tu me dis : “Oui, mais arrête de me faire croire que tout est toujours parfait, 6 mois c’est vraiment long, c’est certain que je vais beaucoup trop m’ennuyer”.

À cela je te répondrais que 6 mois, ça peut paraître long en effet, mais ça passe tellement vite. En un clin d’œil tu es rendu.e à la moitié et ne ferme pas les deux yeux trop longtemps parce que c’est déjà fini! Mais, je ne te mentirai pas futur.e stagiaire, il y en a des moments plus difficiles, des moments où tu te remets en question, où tu t’ennuies de ton confort et ta liberté, où tu as l’impression que tout va mal et que tu voudrais juste éclater en sanglots. C’est normal. Éclate en sanglots, pleure, vis-les ces émotions-là! Tu vas ensuite te rendre compte que tu es si bien entouré.e et encadré.e, que ce soit par ta famille locale, les autres stagiaires, tes collègues de l’organisation partenaire, les membres de l’équipe du CSI, que ces situations rentrent dans l’ordre bien rapidement. Ceci te laisse donc plus de temps pour apprécier tous les jours où tu peines à croire que tu es en train de vivre cette expérience, où tu pleures de joie tellement tu es ému.e, où tu regardes autour de toi pour la ixième fois et que tu n’y crois toujours pas d’être là, où tu réalises des activités que tu ne te croyais même pas capable de faire, où tu fais des rencontres incroyables, où tu partages des moments de complicité avec des personnes qui vivent la même expérience que toi, où tu te surpasses sur tous les plans et que finalement tu te sens plus vivant.e que jamais.

Alors, futur.e stagiaire, tu es déjà en train de réviser ton CV? Très bien. Envoie-le au plus vite et prépare-toi à vivre un séjour à l’étranger qui te changera. Sur ce, je te donne rendez-vous dans quelques mois autour d’un bon café (péruvien..!) pour qu’on se partage nos expériences. D’ici là, n’hésite pas à me contacter à tout moment si tu as besoin de parler à quelqu’un qui est passé par les mêmes étapes que toi!

À bientôt,

Lucie-Maude